Quelle extraordinaire rentrée politique ! par Gilles BOURDOULEIX Président du CNIP

_dans
Quelle extraordinaire rentrée politique !
 
par Gilles BOURDOULEIX
Président du CNIP
Député-Maire de Cholet
Aussi étonnant que cela puisse paraître, nous avons eu droit à un spectacle inédit qui a planté le décor avant l’entrée sur scène des principaux acteurs.
 

On commence par un ministre qui depuis des mois s’affranchit des règles de solidarité gouvernementale et qui franchit l’ultime limite de l’indiscipline. A plusieurs reprises Arnaud Montebourg avait remis en cause l’autorité du Premier Ministre Ayrault. Rappelé à l’ordre, il continuait sur le même ton illustrant ainsi son mépris pour le Chef du Gouvernement. Sûr de lui, fort de son excellent score à la primaire socialiste de 2011, il s’estimait indéboulonnable dans un gouvernement formé sur le modèle Hollande, c’est-à-dire constitué d’une addition de courants censée réaliser une hypothétique synthèse. Montebourg n’hésita pas à conspirer avec Valls pour, au lendemain d’élections municipales désastreuses pour la majorité, propulser celui-ci à Matignon. Curieux paradoxe que de voir celui qui n’avait obtenu qu’un score très médiocre à la primaire de 2011 prendre le pas sur le médaillé de bronze, derrière Hollande et Aubry, de cette compétition hautement médiatisée. Mais à défaut de réel bilan dans sa vie politique, Valls est incontestablement un champion de la communication. Et c’est hélas cela qui compte aujourd’hui. Jouissant d’une remarquable popularité, Valls s’est retrouvé à la tête du Gouvernement, Hollande considérant que cette situation lui serait également favorable. Lourde erreur ! Habitué des coups de menton, des roulements d’épaules, dressé sur la pointe de ses pieds, Valls a fait illusion à l’intérieur donnant l’impression d’une action réussie dans un domaine où l’électorat de droite est attentif. Sa popularité en réalité tenait plus à cet électorat qu’à celui de la gauche. La communication peut faire illusion un temps, sur un secteur particulier. A Matignon, Valls endossait le costume du deuxième responsable de la politique gouvernementale dans sa globalité. Les électeurs de droite s’éloignèrent logiquement de lui. Et ceux de gauche n’étaient toujours pas convaincus.

 

Au soir d’un dimanche ensoleillé et arrosé (pas de pluie mais de liquide local), Montebourg se laissa emporter par ses habituelles envolées et tint des propos inacceptables à l’égard du Président de la République.

 

Exit Montebourg ! Hamon se retrouva dans la charrette quand Valls proposa à Hollande de changer le gouvernement dans un moment qui nous ramenait aux pires heures de la IVème république. La Ministre de la culture se sachant sur un siège éjectable préféra partir au nom d’une solidarité qui n’était pas que politique si l’on en croit certaines photos parues depuis. Quelques ajustements et Valls II était en route. Il a fallu que le Premier Ministre reçoive chaque ministre et secrétaire d’Etat pour leur rappeler les exigences du métier. On a vu le Président des radicaux de gauche annoncer avant la déclaration officielle faite par le secrétaire général de l’Elysée les noms des impétrants issus de son parti. L’ombre de la IVème république planait à nouveau au grand bonheur des radicaux qui en gardent une nostalgie émue. Madame Taubira, négation même des valeurs de notre République, restait à son poste et considérée et se considérant comme intouchable allait faire son numéro à La Rochelle parmi les frondeurs, annihilant toutes les gesticulations d’autorité de Hollande et Valls réunis. On fit rentrer au gouvernement un de ces technocrates que produit l’énarchie et qui en bon socialiste bobo ne rechigne pas à aller remplir son compte en banque au service de la finance, théoriquement honnie par Hollande. N’ayant jamais connu les réalités du quotidien, personnellement ou par l’exercice d’un mandat électif et s’étant documenté par une lecture attentive de Zola (dans l’édition de la Pléïade tout de même), il en est encore à croire qu’un ouvrier est par définition illettré…

 

Le casting Valls II à peine établi, patatras ! Un cas de phobie administrative se déclare. Avant contagion, on élimine. Malgré les hurlements de toute la nomenklatura socialiste, le député Thévenoud siège toujours à l’Assemblée Nationale. Il faut rappeler que désormais le groupe socialiste est à une voix près pour conserver la majorité. C’est ainsi que, prévoyant la nomination de Moscovici à la Commission Européenne, il a été nommé parlementaire en mission, pour six mois. Sa mission sera reconduite pour six autres mois. Un des cas qui permet au suppléant de remplacer le député. Aussitôt Moscovici partira à Bruxelles. Une élection partielle à haut risque aura été évitée. Petite magouille constitutionnelle passée inaperçue. Ce n’est pas l’opposition qui l’aurait relevée. Elle y eut en son temps recours.

 

Entre temps, ce fut le livre de « l ‘ex première dame » qui défraya la chronique. Bénéficiant d’un incroyable relais médiatique, il fut immédiatement un best-seller. L’hebdomadaire dans lequel la dame n’a jamais cessé de travailler en fit sa « une ». Le microcosme journalistique fit le reste. On peut comprendre la rancœur d’une femme trompée et rejetée. Mais si toutes les femmes (et pourquoi pas les hommes…) qui vivent ce drame écrivent un livre de règlement de comptes, les ouvrages rempliront des rayons entiers dans les librairies. On répondra : oui mais là, il s’agit du Président de la République. Justement, c’est la raison qui invite à la retenue, au moins tant que l’homme détesté est à l’Elysée. Car en déversant sa haine sur cet homme, c’est la France que cette dame éclabousse de ses vomissures. Je n’ai aucune sympathie pour Ségolène Royal. Mais j’avais trouvé d’une petitesse méprisable le fameux tweet de la campagne législative. Ce livre confirme la bassesse de cette femme.

 

Ses ravages sont cependant incontestables.

 

Pendant ce temps, Manuel Valls comme un président du Conseil de la IVème république a consacré des journées à tenter de convaincre le plus possible de récalcitrants dans la perspective du vote de confiance. Et finalement quand la majorité valse, Valls n’a qu’une minorité. 269 députés ont voté la confiance au gouvernement quand la majorité absolue est de 289. Cela n’était jamais arrivé depuis le printemps 1962 à une époque où la bipolarisation, issue de la dissolution de l’automne de la même année, n’existait pas encore et que le système des partis était l’héritage de la IVème République. Depuis, il advint parfois que les majorités se fissuraient, mais elles se ressoudaient lors d’un vote de confiance au gouvernement. Manuel Valls fut très médiocre dans son discours, consacrant un long moment à la politique internationale ce qui traditionnellement relève du domaine réservé du Chef de l’Etat et n’apportant rien de nouveau dans le domaine de la politique intérieure. Il annonça quelques mesures fiscales le lendemain montrant ainsi le degré de la considération qu’il a pour la représentation nationale.

 

Quarante-huit heures plus tard, le Président de la République se lançait dans une conférence de presse supposée lui redonner un peu d’éclat. L’ordre d’entrée en scène est encore un mauvais coup porté à la fonction présidentielle. La logique de la Vème République eut été une intervention du Chef de l’Etat centrée sur la stratégie internationale dans un moment où les crises se multiplient et donnant les grandes orientations de l’action gouvernementale que le Premier Ministre aurait détaillées dans son discours de politique générale à la tribune de l’Assemblée Nationale.

 

Après deux ans et demi, je ne reproche pas à ces gens au pouvoir d’être de gauche. Je leur reproche leur amateurisme et leur incompétence. Ils échouent dans leur politique. Et pire : ils abîment la France. Peut-on attendre autre chose d’une génération socialiste, à laquelle il faut ajouter la clique écolo, qui a été élevée au sein trotskiste c’est-à-dire dans une idéologie qui place l’internationalisme au cœur de son action et nie les valeurs nationales.

 

Le paradoxe est que dans leur nullité ils courent maintenant après les américains et qu’ils acceptent de faire ce que Jacques Chirac avait refusé : participer au désastre irakien. Les dirigeants américains n’ont jamais rien compris aux enjeux internationaux qui pour eux se résument à leur portefeuille. C’est la politique américaine qui a créé Ben Laden. C’est elle qui a permis l’émergence du terrorisme islamiste qui incendie le Moyen-Orient. C’est ce terrorisme en embuscade dans le cœur même de notre territoire qui est la véritable menace pour l’avenir de notre civilisation. Embarqués par les américains, nous oublions qu’en Russie Poutine est le garant des principes que nous devrions défendre. Le régime de Poutine n’est pas un modèle de démocratie. Mais la Russie a ses particularités. Prenons garde de ne pas faire d’un allié indispensable des combats de demain un ennemi qui nous manquera à l’heure cruciale.

La tentation des aventures extérieures a toujours été le recours des pouvoirs malmenés. La majorité à la tête de la France est secouée comme aucune majorité ne l’a jamais été sous la Vème République.

 

C’est la première fois que le débat public porte sur deux éventualités théoriquement inconcevables avec nos institutions. On évoque une dissolution de l’Assemblée Nationale, alors que le calendrier électoral (élection présidentielle puis élections législatives) assure en principe une majorité solide.

On l’évoque parce qu’il n’y a plus de majorité. On a dit que la dissolution de 1962 marquait la fin des derniers relents du système partisan de la IVème République. La dissolution de 1968 intervenant après les événements de mai était une façon pour le Général de Gaulle de rechercher l’adhésion, un temps fragilisée, de la Nation. Il le fit également par l’utilisation du référendum. Les dissolutions de 1981 et 1988 faisaient suite à l’élection et la réélection d’un Président qui demandait aux Français de lui donner la majorité nécessaire à la mise en œuvre de son programme. La dissolution de 1997, pour le moins fantaisiste et la seule qui fut défavorable au pouvoir qui la provoqua, était plus obscure. Mais elle ne répondait pas à une crise majoritaire.

 

On évoque surtout la démission du Président de la République. La question est régulièrement posée dans les débats. Elle fut même posée à François Hollande à l’occasion de sa conférence de presse. Même aux pires moments que connurent ses prédécesseurs, jamais une telle éventualité ne fut envisagée. Il faut reconnaître que l’image donnée lors de la conférence de presse ne fut pas celle d’un Chef d’Etat conquérant, apte par sa volonté à renverser les difficultés incontestables auxquelles se heurte la France.

 

Mais la séquence de rentrée n’allait pas s’achever avec cet homme dépassé par sa mission difficile (sic…).

 

Il revient…. Au soir du 6 mai 2012, il n’annonça pas vraiment son départ définitif. Ceux qui espéraient ne plus revoir Nicolas Sarkozy entendirent la version du retraité de la politique. Ceux qui espéraient déjà son retour entendirent une autre version. Au fil des mois, c’est le retour qui fut orchestré. C’est un peu l’histoire du pompier pyromane. « Je reviens en sauveur pour tenter de sauver ce qui reste de ce que j’ai consciencieusement détruit ». L’UMP est au plus mal. Le guerre Fillon-Copé 2012 laisse des cicatrices béantes. Mais Nicolas Sarkozy participa au retournement qui aboutit à la défaite du vainqueur pourtant proclamé, François Fillon. La situation financière avec l’affaire Bygmalion est désastreuse. Mais c’est bien dans la campagne présidentielle de 2012 qu’il faut en trouver l’origine. Et il y a les « affaires ». Dans plusieurs d’entres-elles, Nicolas Sarkozy est déjà innocenté. D’autres sont très fragiles.

 

Quand on sait que notre République est gangrénée par les déviances d’un des trois pouvoirs fondamentaux dont l’indépendance devrait être une garantie pour la démocratie, on peut plus que jamais invoquer la présomption d’innocence. La magistrature est syndicalisée et même politisée ce qui est une évidente menace pour l’indispensable séparation des pouvoirs chère à Montesquieu. La révélation du « mur des cons » fut un coup de poignard porté à notre République. Pour être victime d’un procès « stalinien », c’est-à-dire un procès où les choix politiques des juges balaient la logique juridique, je mesure ce que doit supporter à une toute autre échelle Nicolas Sarkozy.

 

Le retour de Nicolas Sarkozy trouve l’UMP dans une situation complexe. Les candidats à la présidence de l’UMP se mélangent à ceux de la primaire, sans parler des éventuels candidats aux deux.

 

Un rapide état des lieux s’impose.

 

Concernant la présidence de l’UMP, trois candidats sont désormais en lice, sachant que le dernier annoncé raflera la mise. La popularité de Nicolas Sarkozy parmi les militants UMP et l’attente qu’il suscite dans le marasme que traverse le parti sont telles que la seule interrogation qui demeure est celle de son score. Je connais Hervé Mariton depuis plus d’un quart de siècle puisqu’il militait jadis aux adhérents directs de l’UDF. Au-delà de son côté intellectuel et physique « notable de la IIIème République », il a une longue expérience parlementaire dans une circonscription délicate. Il y fut élu en 1993, battu en 1997, réélu en 2002, 2007 et 2012. Il a également une solide expérience d’élu local depuis 1995. Son déficit médiatique, handicap hélas de nos jours insurmontable, est compensé par ce parcours et par des convictions certaines.

 

Ayant critiqué la technocratie énarchique de gauche, je n’aurai pas d’indulgence pour celle de droite. Bruno Lemaire a le profil de ce que j’exècre en politique. Proche collaborateur de Dominique de Villepin, on lui offrit en 2007 pour l’amadouer un parachutage dans la circonscription sans risque de Jean-Louis Debré, parti présider le Conseil Constitutionnel. Pour rallier les derniers Villepinistes, Nicolas Sarkozy le fit entrer au Gouvernement. Entretemps, il avait échoué en duo avec l’ancien premier adjoint de Debré à conserver Evreux à droite en 2008 comme il rata la reconquête de la région en 2010. Une anecdote suffit à résumer la suffisance du personnage. Au printemps 2013, visitant le département, il organisa une réunion à Cholet. Contre toute politesse républicaine, il ne prit même pas le temps de téléphoner au Député-Maire pour l’informer de sa venue. Mais il lui envoya un message la semaine suivante pour le remercier de son accueil et pour se féliciter des riches échanges qu’ils avaient eus. Sans commentaire….

 

Alors que l’élection à la présidence de l’UMP n’est pas jouée, des candidats à la primaire en vue de 2017 sont déjà déclarés. Quelle pagaille !

 

Je passe sur la candidature de Xavier Bertrand qui ne me paraît guère compétitif.

 

Alain Juppé s’est positionné. Je me souviens, étudiant à Sciences Po, Mitterrand venant d’être élu, avoir écouté Alain Juppé dans le grand amphithéâtre expliquer comment la droite allait revenir au pouvoir. Il était un des espoirs de l’opposition, le « meilleur d’entre nous » disait Jacques Chirac, qui lui laissait pourtant une bombe à retardement qui l’obligea à affronter les tribunaux puis à mettre pendant un an sa carrière entre parenthèse dans les neiges québécoises. Il n’a pas vraiment laissé un bon souvenir de son passage à Matignon et reste un des inspirateurs de la fâcheuse dissolution de 1997. Il fut cependant un ministre des Affaires Etrangères respecté sous la présidence Sarkozy, comme Laurent Fabius l’est sous celle de Hollande. Est-ce le destin commun d’anciens Premiers Ministres chassés par des législatives perdus et éternels premiers de classe de leur camp politique ? Alain Juppé aura 72 ans en 2017. C’était l’âge de Mitterrand en 1988 mais il entamait un deuxième mandat. Ce peut être un argument dans l’hypothèse d’un seul mandat. Mais les électeurs le croiront-ils ?

 

La candidature de Fillon me laisse perplexe. Elle aurait été légitime s’il avait gagné la présidence de l’UMP en 2012. Elle pourrait encore l’être en l’absence de Sarkozy. Favori dans son duel avec Copé, Fillon a perdu au terme d’une évidente tricherie. Dans ce cas, on claque la porte immédiatement ou on s’écrase. L’image laissée par les tergiversations des uns et des autres demeure déplorable. Elle abîme autant le coupable que la victime. Surtout il y a le retour de Sarkozy. Si celui-ci était resté en retrait, son ancien Premier Ministre pendant cinq ans avait une véritable légitimité à reprendre le flambeau en prenant une posture raisonnablement critique sur le quinquennat Sarkozy mais pas trop, ayant été le numéro deux docile de cette aventure. Sarkozy revenu, quel espace pour Fillon ? Je suis sceptique sur sa place dans cette compétition.

 

Se posera la question des primaires. Auront-elles lieu ? Seront-elle cantonnées à l’UMP ? Seront-elles ouvertes au centre ? Et à quel centre ? Je ne crois pas à la survie à terme de l’UDI sans Borloo. Quel que soit celui qui en emportera la présidence, je doute de sa capacité de maintenir la cohésion de cet attelage hétéroclite.

Et que penser de l’erreur partagée de l’UDI et de l’UMP qui ont remis en selle François Bayrou ? Qui peut oublier que ce dernier a appelé à voter Hollande en 2012 contribuant ainsi à son arrivée au pouvoir ? C’est une faute impardonnable. Borloo lui a tendu la main en permettant un rapprochement inutile entre UDI et MODEM. L’UMP a favorisé son élection à Pau lui redonnant une tribune dont il avait été chassé par sa double défaite de 2012.

 

Perspectives sombres que le temps, espérons-le, aidera à dégager.

 

L’avenir de la gauche est un bateau qui a coulé. Celui de la droite et du centre ressemble de plus en plus à une galère. Prenons garde qu’il ne demeure qu’un seul paquebot : celui de Marine !

 

Forte de ses succès municipaux, de sa performance à l’élection européenne, elle caracole en tête des sondages. Largement en tête au premier tour, quels que soient les candidats de l’UMP et du PS, elle bat même au deuxième tour un François Hollande qui n’a en réalité aucune chance d’arriver en finale. A l’automne 2011, Hollande distançait Sarkozy 62 à 38 %. On sait ce qu’il advint. Est-ce qu’un jour prochain Marine Le Pen ne sera pas gagnante dans un duel avec l’UMP ? Tant qu’on ignorera les causes profondes de la détresse des Français, tant qu’on se refusera à envisager les réformes indispensables qui exigent un véritable courage politique, on laissera un boulevard à Marine Le Pen qui pose bien souvent les vrais problèmes mais en y apportant de mauvaises réponses.

 

Au-delà des hommes et des femmes, c’est bien le projet pour la France, au service des Français qui comptera en 2017.

 

Avec fermeté, vérité et réalité.

Share